Blason de Portieux


 La Verrerie de Portieux

 

 

 

Verrerie Portieux 1722

Histoire


Les origines

La Lorraine avait accordé en 1448 sous le règne de Jean II de Lorraine des privilèges pour les verriers , les assimilant à la noblesse. Il leur était accordé notamment la possibilité de prélever le bois ou l'eau nécessaire à leur activité sur toutes les terres ducales. Cela favorisa naturellement le développement de cette industrie.

L'histoire de la manufacture connue aujourd'hui sous le nom de cristallerie de Portieux commence en fait à Tonnoy soit en 1670 soit en 1690 où le duc Léopold Ier de Lorraine accorda en 1698 par lettres patentes au sieur de la Pommeraye propriétaire des lieux, associé avec François Magnien, détenteur du savoir-faire, l'exclusivité de la fabrication et du commerce de verre sur son duché pour 20 ans, à l'exception des droits concédés antérieurement à 1670 à d'autres verreries.

En 1702 François Magnien (maître d’hôtel du duc de Lorraine) obtient de de celui-ci l’autorisation de transférer la verrerie à Portieux-village tout en bénéficiant des mêmes privilèges que la verrerie de Tonnoy, à la suite de la brouille entre ses associés. Dès 1705, il utilise ce privilège pour intenter un procès à la verrerie de Troisfontaines - en vain, car elle est antérieure à 1670. Magnien obtient par la suite d'autres concessions, de nouveaux arpents de terre et de bois pour développer son industrie.

En 1710, il se rapproche de la forêt de Ternes au lieu-dit : « la fontaine de Viller », aujourd’hui « fontaine Jean Ruer » à 4 km de Portieux, sur la rive droite du Mori. Il y fabrique du verre à vitre, on appellera cette usine « verrerie des bois », par opposition à celle de Portieux, qui est installée au village et qui fabrique des gobelets.

En 1714 le Duc de Lorraine demande à Magnien de créer une troisième verrerie, pour fabriquer des glaces à miroirs et de carrosses, ainsi que des carreaux pour vitrages en bois et en plomb. Il s’installe en face de la fontaine de Viller sur la rive gauche du Mori, c’est l’emplacement de la cristallerie actuelle.

En 1718 les lettres patentes sont renouvelées pour une nouvelle période de vingt ans et on décide de fermer l’usine de Portieux-village et de la fontaine de Viller afin de regrouper l’ensemble sur la nouvelle manufacture. C’est autour d’elle que se groupent les ouvriers, et ce centre industriel portera le nom de « Magnienville » -aujourd'hui écart de la verrerie de Portieux- du nom de son fondateur.François Magnien obtient le titre de seigneur de Magnienville en 1722.

En 1729, François III de Lorraine -futur empereur romain germanique- révoque tous les privilèges accordés précédemment par son père, dont ceux concédés à François Magnien, lui laissant toutefois finir son bail. La manufacture est donc affermée une première fois en 1739 à différents associés, dont Jacques Chambrette, le propriétaire de la faïencerie de Lunéville, autour de Daix.

La verrerie est considérée comme royale dans un arrêt de 1767. Les fermiers se succèdent ensuite régulièrement jusqu'à ce que François Lamy reprenne le bail en 1770, qui installa son gendre Jacques Bour à partir de 1778 comme directeur. Les affaires n'étaient pas faciles: ainsi en 1779, il s'associe avec le Directeur de la verrerie de Sainte-Anne pour protester auprès du roi contre l'augmentation du prix du salin et la baisse de sa qualité.

De la Nuit du 4 août 1789, qui abolissait les privilèges accordés aux nobles, La Verrerie de Magnienville allait subir les répercussions et perdre tous les avantages accordés jadis gratuitement par la cour de Lorraine (prélèvement de bois dans les forêts...). Le domaine de Magnienville devenait « bien national », et en 1796, il était acheté par les directeurs qui l’exploitaient auparavant : MM. Lamy et Bour. Les mêmes achèteront aussi le monastère de Belval (situé sur la commune de Portieux, entre Portieux village et La Verrerie).

Le développement au XIXe siècle

Jacques Mougin (gendre de Bour) prend la suite en 1820, puis son fils Édouard en 1846 qui transforme l'entreprise en société des verreries de Portieux en 1854. Puis, son petit-fils, Xavier Mougin prend la tête en 1867. C'est ce dernier qui opérera le rapprochement avec la cristallerie de Vallérysthal sous la présidence alors de Georges Chevandier de Valdrome en 1871, à la suite de l'annexion de la Moselle par l'Allemagne. C'est aussi à cette date qu'est inaugurée une voie de chemin de fer, la Ligne de Charmes à Rambervillers qui permet de désenclaver l'usine, dont Xavier Mougin était par ailleurs actionnaire.

Il est à noter que ses fils, les Frères Mougin , travailleront comme céramistes pour la Faïencerie de Lunéville-Saint-Clément.

En 1874, des logements ouvriers sont construits. En 1878, la cristallerie est récompensée par une médaille d'or à l'occasion de l'exposition universelle, première gobeleterie à en bénéficier.
Sucriers en cristal pressé de Portieux. Fin du XIXe siècle

En 1886, la manufacture emploie 820 personnes.

En 1898, la Grande Duchesse de Wladimir, épouse du frère du Tsar Nicolas II découvre la manufacture à l'occasion d'une cure à Contrexéville. Elle en deviendra une cliente assidue.

Au XXe siècle

Adrien Richard succède à Xavier Mougin comme Directeur en 1905. Il est aussi élu maire en 1900 de Portieux au côté de 9 conseillers municipaux (sur 16!) appartenant à la cristallerie. Le maire de Portieux appartiendra d'ailleurs à la Verrerie jusqu'en 1970...

En 1914, il se produit 38 000 pièces par mois, réparties sur 8000 modèles. En 1920, la Cristallerie de Baccarat très endommagée lors de la guerre ouvre un atelier à Rambervillers pour débaucher les ouvriers de la taillerie de Portieux, qui doit donc fermer un atelier de ce fait.

Le gendre d'Adrien Richard reprend la direction à la suite du départ en retraite de celui-ci en 1935, puis le neveu de celui-ci en 1957.
coupe & candélabres "Dauphin" par la cristallerie de Portieux

En 1939, la fermeture de la verrerie est annoncée, victime de la crise économique et de l'absorption de la Tchécoslovaquie - célèbre pour son art du verre en Bohême - par l'Allemagne qui lui assure des débouchés commerciaux mondiaux. Elle sera finalement sauvée par le déclenchement de la Seconde Guerre mondiale.

L'usine sera libérée le 14 septembre 1944 par une division du général George Patton.

En 1948, l'entreprise tente de se reconvertir dans la verrerie mécanique, avec un four à bassin : ce fut un échec, sans doute du fait de l'antinomie avec le savoir-faire quasi artisanal des verriers, dont ceux-ci voulaient préserver la noblesse. Ce four est abandonné en 1955.

Dès les années 1960, la société fournit de nombreux clients de prestige: Maxim's, Brasserie Lipp, Hôtel de Crillon, Hôtel Le Bristol Paris, InterContinental Carlton Cannes, Hôtel Lancaster etc.. La société est rachetée par Compagnie Française du Cristal en 1970, ce qui l'entrainera dans une spirale de décroissance qui se soldera par une faillite en 1981. La société est alors reprise par une première SCOP puis d'autres qui se succéderont avec des repreneurs extérieurs - dont les porcelaines Bernardaud, faute de trouver un équilibre financier jusqu'en 1996. La cristallerie continue cependant d'innover en travaillant avec des artistes comme Jean-Paul Van Lith qui utilise les décors à l'or, lustres métaliques ou encore l'émail ou bien Matéi Négréanu qui remet au goût du jour le savoir-faire de la manufacture en opaline.

La cristallerie de Portieux est de nouveau réunie depuis 1996 à la cristallerie de Vallerysthal, ce qui perdure jusqu'à ce jour.